Plaisir d'écrire

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Projet Reflections de Gianni Candido & Rachel Colas
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Des lettres, des mots, des phrases et le voyage commence... "Il n'y a pas de hasard, rien que des Rendez-vous" Paul Eluard.
25-03-2008
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Clothilde parcourut ses notes et d’une voix claire, résuma :

— Vous optez donc pour le modèle avec coursive en aluminium, ton écru, largeur dix mètres sur six, baie vitrée face sud. Je joins le plan détaillé au bon de commande. Selon nos délais, nous pourrions, dès votre accord, commencer les travaux, fin octobre de cette année. Reste, de votre part, à nous confirmer votre commande ?— Exact. Vous avez fait le tour de mes souhaits avec brio. La banque m’a donné l’accord verbal pour mon prêt. Dès les dernières transactions financières effectuées, je vous envoie, pour accord, le bon de commande signé. Je souhaite que les travaux soient terminés pour le 20 novembre, au plus tard. Je compte sur vous pour respecter ce délai ?

 — Très bien. Pour ma part, je ne peux lancer la commande que lorsque j’ai votre accord signé. La balle est donc dans votre camp. Voici ma carte de visite avec mon adrelle et mon numéro de téléphone.

  Le client se leva, main tendue : 

  — Merci. Je vous donne réponse dès que possible. Je vous souhaite une agréable journée, Madame Decaux

   — Egalement, Monsieur Marbier répondit-elle en saisissant vigoureusement la main offerte.     

 Clothilde, dès le départ de son client, remit en ordre ses notes. Primordialement, encoder la promesse de vente dans son programme au cas où le client se présenterait auprès d’un de ses collègues en son absence... Il lui plaisait bien, ce client. Un peu, son type d’homme d’ailleurs : grand, cheveux poivre et sel, pas beau au point d’être dans les pages glacées d’un magazine de mode, mais beaucoup de charme. Sans alliance. Divorcé certainement. Un petit « quatre heures » à se mettre sous la dent.L’après-midi sembla passer à une allure vertigineuse : entre les différents clients qui venaient à l’improviste et les nombreux dossiers à encoder faute de personnel, Clothilde n’avait pas le temps de souffler. Elle adorait son travail mais la lourdeur administrative lui pesait. Les nouvelles règles et procédures la minaient de plus en plus, au point même, de ne plus savoir comment se comporter : elle se rendait compte qu’elle devait choisir entre sa loyauté envers le client et le respect de la hiérarchie, et ce, tout en faisant le maximum pour arriver à ses objectifs commerciaux ! Demain : réunion hebdomadaire du jeudi, soit un bain de négativité de deux heures : tout le monde s’en allait de son commentaire critique sans rien proposer pour améliorer la situation. Un vrai jeu de théâtre. Clothilde étouffait. Elle avait un besoin viscérale de congé : « agenda, dit-moi que c’est possible ! Et zut ! Ce crampon de Monsieur Merlot venait commander un nouveau châssis ! »  Elle savait pertinemment bien qu’il lui volerait deux heures de son précieux temps alors que faxer le bon de commande initial lui aurait permis de terminer les dossiers urgents. « L’urgence : toujours l’urgence ! » pensait, écoeurée, Clotilde tout en mordillant son crayon.Elle avait failli oublier le « clou de la journée » : son rendez-vous avec la responsable Marketing, Inès Debréban. Elle venait commander la meilleure véranda pour sa nouvelle maison. Clothilde avait intérêt à se surpasser ! Vers 16H50, alors qu’elle fermait toutes les applications de son pc, son poste interne sonna : la Direction. Clothilde décrocha dès la deuxième sonnerie : ne jamais faire attendre le patron était la devise – contrainte - de tout le personnel ! « Madame Decaux, demain, vous irez chez monsieur Beaudin, porter le dossier Calecq. Ensuite, vous vous rendrez avec votre collègue Cordier à la délibération des nouvelles directives sociales. Je compte sur vous. Vous m’en ferez le rapport lundi dix heures sans faute. Tous les détails sont dans le dossier. Ma secrétaire vous attend dès maintenant pour vous donner tous les éléments pratiques. Bon boulot. »Sans lui laisser la possibilité de répondre, il raccrocha. Clothilde resta l’air bête pendant quelques secondes, bouche ouverte. Elle se ressaisit et laissa exploser son indignation : « non, mais je rêve ? Quel connard ! Tout ça parce qu’il emmène sa dernière maîtresse en week-end ! Zut, zut et zut, mon rendez-vous avec Inès ! Qu’est-ce que je vais lui dire ? Où ai-je mis son numéro de portable ? J’ai encore plein de choses à faire ! Moi, qui voulais finir plus tôt, c’est plutôt raté !»Énervée, Clothilde feuilletait fébrilement son carnet à spirale dans lequel elle mettait tous ses contacts utiles. Lorsqu’elle trouva le numéro d’Inès, elle le nota au dos de sa main. Ainsi, elle ne risquerait pas d’oublier. Début de soirée, elle devait absolument la prévenir et reporter le rendez-vous ! Pourvu qu’elle ne soit pas impatiente au point de vouloir rencontrer un autre commercial ! Rien que d’y penser, elle en avait l’estomac noué.Elle priait intérieurement que la secrétaire du Boss ne la retienne trop longtemps et ne fasse de l’excès de zèle. Peut-être qu’avec un peu de chance, elle aurait, elle aussi, des courses à faire... Ce n’est que tard dans la soirée, pendant que son souper cuisait que Clothilde repensa à sa précieuse cliente. Il lui fallait la prévenir et ce, sans tarder. Un « SMS », lui sembla, être le moyen le plus rapide. De plus, il ne risquerait pas de la déranger dans sa vie privée et lui épargnerait surtout l’embarras d’explications tirées en longueur. « Qu’écrire ? Réfléchissons : - Inès, suite contretemps, pas possible de vs recevoir. Sincermt désolée. Veuillez m’en excuser. Vs propose de vs recevoir en nos locaux lundi à votre convenance. Bàv. Clothilde – Ok » pensa-t-elle en se relisant. Les abréviations étaient autorisées dans les textos et les siennes étaient facilement compréhensibles. Pas comme celles de sa nièce, à qui elle devait demander la traduction tant elle écrivait  phonétiquement. Elle poussa le bouton d’envoi. Quelques secondes après, elle reçu l’accusé de réception. Parfait. Une bonne chose de faite et hors de la tête !Une minute plus tard, une petite musique retentit. « Nouveau message reçu. Désirez-vous le lire maintenant? » « Evidement ! Question idiote !». Elle lut perplexe : « Je pense que vous vous êtes trompé de destinataire ? Sinon je ne comprends pas le message... » Zut ! Elle s’était trompée de numéro de Gsm ! Elle se demandait bien à qui elle l’avait adressé ! Elle devrait prévenir Inès demain matin le plus tôt possible... La journée du lendemain se passa sans heurt. Sa seule consolation du rendez-vous manqué d’Inès était d’avoir pu éviter la visite de monsieur Merlot ! Elle avait prévenu son collègue, de la raison de la visite de ce dernier et par la même occasion, il avait pu lui communiquer le numéro de portable d’Inès. Celle-ci la rencontrerait lundi dans l’après-midi et par chance, cela l’arrangeait. La semaine se terminait donc bien mieux qu’elle ne l’aurait imaginé. Il ne lui restait plus qu’à écrire son rapport et le week-end pouvait commencer ! En ce lundi matin, elle était la première arrivée à son bureau. Elle aimait particulièrement ce moment de solitude. Cela lui permettait de souffler, de prendre ses aises et surtout de se préparer un café tout en consultant les messages sur son répondeur et son courriel. Elle trouva dans son bac à courrier, une enveloppe contenant le bon de commande signé par M. Marbier. Elle en éprouva une satisfaction toute personnelle. Elle était la première de l’équipe à vendre un produit de la nouvelle gamme ! Elle trouva un compte rendu succinct de la visite de M. Merlot. Rien de bien compliqué : un fax de commande avait été envoyé. Elle consulta son grand livre bleu à spirale, prit son portable, ouvrit la boîte de réception des SMS, repéra le message recherché et le compara aux différents numéros qu’elle notait dans la rubrique « contacts clients ». Elle trouva  le numéro recherché en fin de page. C’était celui de monsieur Marbier ! Son numéro précédait celui d’Inès, d’où la confusion ! Elle se remémora l’entretien avec celui-ci. Peut-être lui téléphonerait-elle dans la journée pour accuser bonne réception de sa commande... Deux de ses dossiers principaux avaient déjà eu une bonne avancée lorsque sa collègue arriva essoufflée et joyeuse : — Regarde mon nouveau joujou. Qu’est-ce que je suis contente ! J’ai même pu garder mon numéro ! Il est beau non ?Clothilde leva les yeux de son carnet et regarda intriguée le nouveau gadget :  Montre...— Tiens, j’ai même reçu une belle valisette chromée pour ranger des CD ! Cette fois, j’ai choisi un modèle à clapet. Il paraît que c’est mieux ! Il est drôlement petit par rapport à mon ancien ! Tu ne trouves pas ?— Comme il est beau ! Et tellement petit ! Oh regarde : dans ta boîte, tu as droit à une nouvelle carte avec un nouveau numéro et, - en regardant plus attentivement – même un crédit de dix euros ! Veinarde !— Oh non, je ne change rien. C’est déjà le vendeur qui m’a mis la carte à puce et tout... Je te la donne, si tu veux ? C’est trop compliqué pour moi tout ça !— Tu es certaine ? Oui ? Alors, d’accord, merci. Je la mettrai dans mon vieux Nokia. Il ne tient la charge qu’une journée, mais sait-on jamais... Clothilde rangea la carte dans son sac et se replongea dans ses dossiers en attendant la visite d’Inès. Celle-ci devait arriver dans moins d’une dizaine de minutes... Cependant, une idée commençait à se former tout doucement dans son esprit. N’y tenant plus, elle décrocha le combiné :— Allo, Monsieur Marbier ? Bonjour, ici, Clothilde Decaux, de House&Ambiance — Bonjour Madame Decaux, que me vaut le plaisir de vous entendre ? Ne me dites pas qu’il y a un souci dans ma commande ?— Non, bien au contraire, j’ai une bonne nouvelle pour vous ... Les ouvriers pourront commencer votre chantier plus tôt que prévu. Dès lundi prochain, du moins, si cela vous convient ?— Parfait ! C’est effectivement une très bonne nouvelle. Je n’en attendais pas moins de vous !— Merci. Vous savez que vous êtes notre premier client à être séduit par notre toute nouvelle gamme ? Accepteriez-vous un témoignage dans notre journal publicitaire ainsi qu’une prise de vues pour notre catalogue ?— Pour le témoignage, sincèrement, je ne préfère pas. N’aimant pas trop tout ce qui est publicité, du moins me concernant. Mais je ne vois, à priori, aucun inconvénient pour quelques photos, tant que j’ai un droit de regard sur celles que vous déciderez d’exploiter — Parfait. Dans ce cas, je pense que nous pourrons vous offrir une belle ristourne sur la nouvelle collection de stores...— Je vous vois venir, s’esclaffa-t-il, avec vos stores ! Qui vous dis que je vais en mettre ? Vous n’êtes pas une bonne commerciale pour rien !— Je prends ceci pour un compliment répliqua Clothilde en souriant. Donc, pour en revenir à nos moutons, les ouvriers se présenteront lundi 8h chez vous.— Je serai présent. Combien de temps leur faudra-t-il ?— En principe, Trois jours. Peut-être quatre, pour les finitions.— Aurais-je le plaisir de vous voir, Madame Decaux ? dit-il d’une voix grave qui fit monter le feu aux joues de Clothilde. Elle dut s’appliquer pour que sa voix ne trahisse pas son trouble :— Bien sûr ! Toute « bonne » commerciale doit se rendre sur le terrain pour le suivi rétorqua-t-elle mutine— A la bonne heure ! Je vous attends avec impatience. A très bientôt.— Bonne journée, Monsieur Marbier— Vous de même, Clothilde...En raccrochant, elle souffla.Elle regarda ses mains : elles tremblaient. Que lui arrivait-il ? C’est vrai qu’elle avait un faible pour lui. Elle avait appris vendredi par une amie qu’il était divorcé et semblait libre comme l’air. Pas de maîtresse attitrée ou de copine régulière. Tant mieux : elle avait toutes ses chances. La solitude lui pesait de plus en plus. Ses soirées lui paraissaient mornes et tristes. Elle avait besoin d’un homme. Cependant, elle ne voulait pas que cela recommence comme la dernière fois : elle en avait trop souffert. Cette fois-ci, elle se le promettait : elle prendrait garde !Inès allait arriver d’un moment à l’autre. Il fallait qu’elle se concentre pour mener à bien cet entretien... Les jours passaient, terriblement lents, presque insipides. Le stress du boulot pour une fois ne la touchait pas. Ses pensées étaient dirigées vers le rendez-vous prévu la semaine suivante. Elle se persuada d’y aller le premier jour et les jours suivant pour prendre en photo l’évolution du chantier. Elle ne tenait plus en place.Ses dossiers avaient été traités avec la plus grande rapidité et même certains, carrément délégués à la nouvelle stagiaire. Chose qu’en temps normal, elle n’aurait jamais fait ! Le dossier « Inès » était en bonne voie et lui donnerait, à coup sûr, une bonne évaluation.Toutes ses pensées semblaient voler vers son client « fétiche ». Cependant, avant de le rencontrer chez lui, il devait quand même passer un test. Il avait beau paraître charmant, elle ne connaissait rien de lui. Elle n’avait pas envie de souffrir ou de s’attacher inutilement. De retour chez elle, elle sortit de son sac la carte gratuite de GSM offerte par sa collègue et l’inséra dans son vieux gsm. Elle le chargea à fond. « On va voir mon ami, si tu es aussi bien que tu ne le parais...». Elle passa plus de la moitié de la soirée, le regard vide devant l’écran de son téléviseur éteint, son vieux portable entre ses mains jointes...  Dans sa tête, tournaient des messages torrides. Ce n’est qu’en fin de soirée, qu’elle sortit de sa torpeur, déverrouilla le clavier et commença à rédiger son message :« RDV place Albert. Au parc. Samedi midi. Tu me manques chéri » puis touche « envoi » Sur l’écran apparu : « message envoyé » Quelques secondes plus tard : « Vous vous êtes trompé de destinataire. Veuillez vérifier. Bonne soirée. »Clothilde sourit. Réaction prévue. Elle avait déjà préparé son texte. Elle l’envoya, attendit l’accusé de réception puis ferma le GSM pour la nuit. Elle savait pertinemment bien qu’il lui renverrait une réponse ou essaierait même de sonner : il n’en aurait pas la possibilité. Elle espérait bien piquer sa curiosité. Réussirait-elle ? Sur ces bonnes pensées, elle alla se coucher et s’endormit instantanément. Qu’est-ce que cela voulait-il dire ? Pierre lut et relut et « on » ne pouvait être plus clair. « Je ne me trompe pas. Je t’attends ». Une blague ? Il ne reconnaissait pas le numéro et il avait déjà vérifié l’entièreté de  son répertoire. Il ne pouvait s’agir que d’une blague ou tout simplement, d’une erreur. Evidemment, le GSM du correspondant inconnu était injoignable. Pas de boîte vocale personnalisée. Seulement celle activée par défaut : « le numéro 0367 334334 n’est pas disponible. Veuillez rappeler plus tard ». Un message perdu parmi des milliers envoyés. Pierre se servit un autre verre de vin rouge. Son péché mignon. Il s’assit dans son nouveau canapé gris taupe et contempla son salon avec fierté. Tout lui semblait élégant, décoré avec goût. Il avait mis plus d’un an à acquérir la plus part des objets. Cela avait été pour lui, comme une thérapie après la disparition de Léa. Comment avait-il avait pu se tromper ! Sa lèvre inférieure prit un pli amer et ses traits se durcirent, ses longs doigts serrèrent plus fort le pied fin du verre. Il relâcha son étreinte brutale : mieux valait ne pas le briser et risquer de tacher le nouveau divan. Il sourit : si quelques taches devenaient plus importantes que la raclée qu’il avait prise, c’est qu’il était assurément sur la voix de la guérison ! De toute manière, il s’était juré que plus jamais personne ne se jouerait de lui ! Il savait qu’il avait une apparence stricte et sérieuse, mais au fond de lui-même, il n’était qu’un grand sensible. Même tomber amoureux, il ne voulait plus. Quoiqu’à cet instant le visage de la jeune femme de chez House&Ambiance lui traversa l’esprit. Sous ses airs doux, elle paraissait maîtresse d’elle-même et était sans conteste compétente. Il ne pensait pas qu’elle fût mariée : elle n’avait pas d’alliance. Mais de nos jours, cela ne voulait plus rien dire : elle vivait peut-être avec un ami ou pire une amie ! Quoique cela n’avait pas l’air d’être son genre... Mais y avait-il un genre pour ça ? Une chose était certaine : Il avait hâte de voir les travaux commencer et par la même occasion, la côtoyer. Il était onze heures lorsque Clothilde sortit de chez elle. Le temps était ensoleillé malgré une brise légère. Elle se dirigea d’un pas alerte vers la place Albert, s’assura d’un coup d’œil circulaire qu’il n’y avait rien d’anormal, et fonça vers le numéro treize de la rue. Elle sonna trois fois, prit une clef de son trousseau, ouvrit la porte d’entrée, et monta quatre à quatre la première volée d’escaliers. Elle ne ralentit l’allure qu’arrivée à la moitié du deuxième palier. Reprenant son souffle, elle sortit de son trousseau, une clef plus petite et sans hésiter, monta les dernières marches, se dirigea vers la porte de droite, frappa trois petits coups secs, avant d’introduire la clef dans la serrure et d’ouvrir la porte. — Maman, c’est moi ! Je t’ai apporté des fruits. Je les mets dans la cuisine ? — Bonjour, ma chérie, je suis dans le salon. Merci. Non, mets-les sur la table, s’il te plait. Dans la corbeille. Elle se trouve dans le bahut en bas côté gauche, à côté des vases. Quels fruits ?— Des pêches et du raisin blanc. Sans pépin !— Ah bon ! Sans pépin ? Drôle d’idée ! Clothilde trouva la corbeille en question à l’endroit indiqué et y déposa les fruits délicatement « Voilà, je mets la corbeille au milieu de la table » et alla embrasser tendrement sa mère. Celle-ci était dans son fauteuil près de la fenêtre : elle offrait son visage aux faibles rayons du soleil. Un léger sourire flottait sur ses lèvres. Son visage en était illuminé malgré la présence de rides profondes. Elle n’avait jamais été belle mais sa sérénité la rendait presque attirante. Ses yeux étaient fixes. D’un bleu délavé. Depuis quelques années maintenant, ils ne voyaient plus que des ombres. Depuis le jour exactement, où le fiancé de Clothilde avait eu cet accident terrible, la laissant presque aveugle, et surtout, laissant Clothilde dans le coma pendant une dizaine de jours. Elle n’avait jamais pu oublier la dispute qu’ils avaient eue pendant qu’il conduisait. Tout s’était passé trop vite. Depuis, elles n’avaient plus jamais entendu parler de lui. Tout ce qu’elles savaient, était qu’il avait demandé sa mutation dans une filiale de son entreprise... Jamais, elles n’en parlaient. C’était sujet tabou. Quant à elle, elle avait bien sûr perdu nonante pourcent de sa vue mais elle en avait fait son deuil et avait décidé de profiter des moindres instants de bonheur, chose qu’elle aurait du faire bien plus souvent « avant ».Clothilde venait la voir le plus souvent possible. Par amour et par culpabilité : c’était elle qui avait insisté pour que sa mère reparte avec eux, au lieu de prendre un taxi.Elle s’assit dans le fauteuil face à sa mère et parcourut du regard le petit salon : sur la cheminée, des cadres avec de vieilles photos que sa mère ne verraient plus jamais – elle disait en riant qu’elles se trouvaient dans la mémoire de son coeur – un énorme miroir posé sur le corps de cheminée, un chandelier en argent massif auquel il manquait des bougies – Il faudrait qu’elle en achète la prochaine fois - un divan deux personnes en tissu fleuri et deux fauteuils couleur crème en face à face près de la fenêtre. Un lampadaire pour le soir, lequel n’éclairerait plus aucun livre, une télévision allumée en sourdine, un beau bahut imposant, une table de salle à manger recouverte d’une nappe reprenant le ton dominant du divan fleuri et quatre chaises en chêne. Pas le grand luxe, mais l’ensemble était coquet et douillet. Clothilde s’assit plus profondément dans le fauteuil : elle se sentait bien. A côté du fauteuil de sa mère, un panier en osier avec des pelotes de laine aux couleurs multicolores : sa mère avait toujours tricoté sans même regarder les aiguilles. Maintenant, elle avait parfois difficile à rattraper une maille mais s’en tirait plutôt bien et en était fière. Les gosses du quartier se trimbalaient parfois avec de drôles d’écharpes deux fois trop grandes mais ils en raffolaient tous. Clothilde soupçonnait le cacao et les petits beurres responsables de cet engouement, mais cela lui faisait plaisir de voir que les enfants continuaient à venir près de « Madame Francine » leur vieille institutrice.D’ailleurs, elle n’avait pas son pareil pour raconter des histoires les plus extravagantes que les autres : elle avait déjà vu des gamins bouche bée devant les élucubrations de sa mère. Clothilde regarda l’horloge : 11h5O. Personne en vue. Elle guettait. Quelques minutes plus tard, un peu avant midi, elle l’aperçu au loin. Juste à l’heure. Bon point pour lui. Il se tenait droit, son pardessus sur le bras. Enjambées rapides. Le regard aux aguets, semblait-il. Il ralentit son pas lorsqu’il entra dans le parc. Hésitant, il avança et scruta les parages. Personne. Pas même une mère et son enfant. Rien. Au loin, pourtant une silhouette. Le temps d’ajuster son regard, il se rendit compte qu’il s’agissait d’un vieillard promenant son chien. A moins que ce ne soit l’inverse ? Il n’avait pas envie d’approfondir la question. Il attendit. Il était à l’heure. Déjà, il se sentait un peu ridicule : qu’avait-il espéré ? Une naïade amoureuse de lui qui se révèlerait être la femme de sa vie ? Il eut un mouvement imperceptible de colère. Lui qui détestait attendre et perdre son temps ! Stupide. Il restait stupide ! Pire qu’un adolescent à qui on venait de poser un lapin. Ridicule. Il se sentait vraiment ridicule !Clothilde observait. « Il y a un homme dans le parc » — Vraiment ? Le connais-tu ? Comment est-il ? — Il est grand. Il tient son pardessus sur son bras droit. Il a les cheveux noirs. Bouclés. Il a l’air d’attendre quelqu’un. Il vient de croiser « Mimile » et son chien. Mimile, n’a pas l’air de l’apprécier, il vient de se retourner sur lui. L’inconnu, lui, fait les cent pas. — Tu as l’air intrigué. Le connais-tu ? On dirait que tu n’es pas surprise de le voir là ? Que se passe-t-il ? Ta voix est tendue...— Ne t’inquiète pas maman : pour une fois qu’il y a quelque chose à voir ! Oh ! Excuse moi, je ne voulais pas dire ça. De toute façon, il repart. Il n’a pas attendu longtemps !— Qu’importe cet inconnu. Parle-moi de ce que tu vois ! Que fait Mimile ? Il est rentré ? Rentrée chez elle, Clothilde ouvrit son vieux portable. Deux appels en absence. Un, hier soir et l’autre, ce jour à midi trente. Pas de message vocal. Attendre encore un jour. Il ne servait à rien de se précipiter.Clothilde se fit un œuf à la coque puis lorsqu’elle eut terminé, se dépêcha de débarrasser la table, mit s a musique préférée et s’assit confortablement dans son sofa. Elle se releva brusquement pour prendre son vieux Nokia, l’alluma et commença à rédiger son message écrit. Pierre, dans son bureau, vérifiait une nième fois les plans de sa future véranda. Tout était prêt pour les ouvriers. Il se sentait excité comme un enfant à la veille de noël et en même temps, assez anxieux. Lui, qui n’était absolument pas manuel, était tenté de faire appel à son meilleur ami pour superviser les travaux. Il se sentait totalement incapable de surveiller les étapes de montage de son projet. Il allait prendre le combiné de son téléphone quand soudain, une mélodie rythmée retentit dans le silence du bureau. Pierre se dirigea vers la sonnerie, fouilla les poches de son veston resté sur une des chaises de la salle à manger et trouva le coupable dans la pochette intérieure. Un message. Provenance : « l’inconnue » c’était ainsi qu’il avait sauvegardé le numéro. Intrigué, il lut. Les travaux avançaient vite et bien. Au quatrième jour, tout était presque parfait. L’équipe devrait revenir la semaine suivante pour parachever l’ensemble. Clothilde et Pierre s’entendaient à merveille. Cependant, l’un comme l’autre, ils ne pouvaient s’empêcher de garder une certaine distance. Pierre recevait encore, mais moins souvent, des messages de plus en plus équivoques. Cela finissait pas l’agacer : encore une folle sur terre ! Il détestait ce genre de comportement. — Viendras-tu la semaine prochaine prendre les dernières photos ? Clothilde rangea l’album photos dans sa sacoche puis leva les yeux sur lui :— Peut-être mercredi ? D’ici là, les ouvriers auront terminé.— Parfait pour moi. Je t’invite à souper pour fêter l’évènement. Quand penses-tu ?— Mercredi soir, pas possible. Ce n’est pas l’envie qui me manque mais, nous avons les portes ouvertes et je ne sais pas quand j’aurai fini, en tout cas pas avant 19h …— Ça me va ! Et si on disait rendez-vous à « l’Impérial » à 20h ? Clothilde rayonnante, s’empressa d’accepter. Enfin, du concret ! La journée « portes ouvertes » avait été un succès. Les demandes de devis dépassaient les prévisions. Il était 19h30, elle avait juste le temps de se préparer avant son rendez-vous. Elle sentait que ce serait LE jour J. Elle était presque prête quand elle entendit la sonnerie de son portable. Elle se précipita mais n’arriva pas à décrocher à temps. Manque de chance, le portable émit un bip de désapprobation : batterie nase !Pas le temps de recharger. Elle se dépêcha, termina sa toilette, enfila ses collants autoportant, mit ses talons aiguilles, saisit son sac et au passage attrapa son vieux Nokia.Elle aurait dû prendre un taxi. Pas moyen de trouver une place. Elle était en retard de plus de vingt minutes. Il risquait de partir fâché : elle finissait par bien le connaître : il ne supportait pas l’attente ! Tout en conduisant, elle saisit son portable et composa le numéro qu’elle connaissait par cœur. Boîte vocale. Zut.— « Pierre, C’est Clothilde. Je ne trouve pas de place pour me garer. Attends moi, j’arrive. A toute suite. »Ce n’est qu’en raccrochant qu’elle se rendit compte qu’elle avait dans les mains, le vieux Nokia...

25-03-2008, 14:01:37 Rachel Colas

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Merci à l'Imagination !

Avertissement - Rachel Colas
Les personnages et les situations de mes nouvelles sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec des faits ou des personnes privées que l'on pourrait y apercevoir serait entièrement fortuite et indépendante de ma volonté...
Je vous souhaite une bonne lecture :

O Folon... Rêve bleu...

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