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Personne n'aurait pu deviner. Vraiment personne. Elle se tenait bien droite sur le banc en bois dans ce parc où les amoureux se promenaient main dans la main, où les voiturettes d'enfants se concurrençaient par leur couleurs bonbons ou carrément bleu marine (quel futur parent n'a-t-il jamais entendu que le bleu marine n'était pas « salissant » et serait toujours « à la mode » pour le deuxième - alors que le premier n'avait pas encore passé le petit bout de son nez ! -), parfois une mammy accompagnée d'un petit dégoulinant de glace, ou encore ce monsieur avec son chien en laisse : le toutou à comme son maître une bonne tête, et puis, arrive dans l'autre sens, un fier chien avec au bout de sa laisse, un retraité de l'armée... Et, elle, impassible, ne regardait que dans le vide. Elle se tenait très droite. Trop droite. Un drôle de petit sourire sur son visage. Enigmatique. Pour un peu, l'envie nous démangerait de lui tapoter l'épaule afin de croiser son regard, histoire d'en voir sa couleur. La voilà qui soupire. Un profond soupir, à voir sa jolie poitrine s'abaisser... Elle regarde sa montre. Elle entrecroise ses jambes nues. De loin, elles paraissent un peu bronzées. Je les devine douces sous la caresse. Le pied gauche s'emballe. Elle s'impatiente. Son regard se porte au loin : ne voit-elle pas arriver celle ou celui qu'elle attend ? N'y tenant plus, elle se lève. Un brusque coup de vent lui soulève sa jupe. Rien. Deux jolies fesses rebondies. Ni plus, ni moins. Pas le moindre petit morceau de ficelle entre les deux fesses. La liberté totale. Elle lève un bras : bientôt apparaîtra l'attendu. - Ah! ben tout de même: qu'est-ce que tu foutais! cela fait plus de vingt minutes que j'attends! - Salut! N'exagère pas: je suis en retard de cinq minutes tout au plus... Et, encore, ce n'est pas de ma faute! Figure-toi que Philippe vient de me téléphoner: il voulait me parler... j'ai dit que j'avais rendez-vous avec toi: on se voit ce soir... - Ah bon? Et qu'est-ce qu'il voulait? - Hmmm, à mon avis, il va enfin passer à l'action: je me prépare psychologiquement... D'ailleurs, je ne reste pas longtemps... J'aimerai aller chez EPILBelle... on ne sait jamais... La nouvelle venue a son charme elle aussi. Mais, il lui manque un petit quelque chose qui fait que l'on aurait envie de se retourner. Elles marchent côte à côte en gesticulant. La plus jolie a une démarche svelte. Je la devine légère. Libre. Comme le vent. L'autre, semble toujours quelques secondes en retard. Elles sont toutes les deux jolies : elles rient. - Dis... tu crois que j'oserai... comme toi? - Quoi comme moi? - Ben... sans culotte - Qu'est-ce qui t'en empêche? - C'est quand même pas... propre... et puis, il vaut mieux regarder où on s'assied non? - (soupir d'exaspération) t'es quand même pas toute nue! tu as une robe non? Et puis, en plus elle est trop longue ta robe: elle t'arrive à mi-mollet! Que veux-tu que l'on remarque? Et puis, si tu t'assieds, c'est sur ta robe... C'est le genre de truc que tu peux faire pour Philippe si tu veux, mais d'abord pour toi! Qui n'essaie rien, n'a rien! - J'sais pas... J'ai envie mais j'ai peur... - Peur de quoi? Allez viens: je t'offre une glace si tu oses l'enlever derrière l'arbre! - T'es folle: pas ici! Tout le monde va nous voir! - Tout le monde? Trouillarde! Il n'y a personne! Deux boules. Aux Fraises. Avec de la chantilly. C'est moi qui offre! - Oh la, la! Qu'est ce que tu me fais faire toi! Bon... mais tu surveilles, d'accord? - T'inquiète! Ma parole: t'as jamais fait pipi dans un parc? Que vont-elles faire les deux amies derrière ce gros marronnier ? Elles rient, se bousculent. Je ne vois pas très bien. Pendant quelques courts instants, elles sont hors de ma vue... Cela me parait long... - Alors? - Ça fait drôle! Comme si - te moque pas, hein? - j'étais plus légère. Je me sens plus sexy... - Bienvenue au club, ma chérie! Et encore, tu as une longue jupe... Je ne te dis pas: marcher et sentir la caresse du vent sous la jupe, c'est du pur bonheur... - J'en connais un qui va avoir une drôle de surprise ce soir... Comme elles ont l'air guillerettes. Je me demande bien ce qu'elles se racontent... Il y a quelque chose qui m'échappe, c'est imperceptible : je ne saurais dire quoi... Elles ont, maintenant, la même démarche. Sensuelle. Que s'est-il passé ? Non vraiment, jamais, je ne comprendrai les femmes...
24-05-2008, 14:11:19 Rachel Colas
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