J’aurai tellement aimé… te parler. Mais, tu sais, je n’en fais qu’à ma tête. Je ne peux pas attendre. Qu’aujourd’hui soit demain. Au plus profond de mon être, dans un chuchotement de pensées, je te parle…
J’aurai tellement voulu pouvoir te dire qu’aujourd’hui, que demain, qu’ensemble nous irons vers d’autres plages… Si seulement, hier était aujourd’hui. Mais voilà…
C’est comme ça.
Je me suis levé. Tôt. Trop tôt. Comme ces dernières semaines. Cela, tu ne t’en es pas rendue compte. Pour une fois, je me suis tu. A quoi bon ? Je te contemple une dernière fois : je vois une fine oreille entre deux longues mèches brunes. J’ai envie de la croquer. Je résiste. Bientôt, tu pourras sacrifier ta longue chevelure. Comme tu en rêves depuis si longtemps. Depuis notre rencontre, en fait. Te souviens-tu ? Tu étais venue pour te faire une coupe « garçonne ». J’ai refusé ! Je ne pouvais imaginer les cris des ciseaux dans des fils de soie… Notre première rencontre… Il y a si longtemps et pourtant, il me semble que c’était hier… Pour moi, par amour, tu les as gardé. Pour moi, pour m’oublier, je sais que tu iras les couper. Comme je t’ai aimée…Aujourd’hui, je ne t’aime plus. Je répète : « je ne l’aime plus ». Drôle d’impression. Suis double. Je dois m’exercer. Dix fois par jour. Au moins. Il le faut. Pour me préserver.
C’est comme ça.
Voilà. Prononcé. Trois fois d’affilée. Tout bas. Très bas. Ne pas te réveiller. Effort suprême. Comment en arriver là ? Du jour au lendemain, passer du « je t’aime » à « je ne t’aime plus » ?
C’est décidé. Sur la pointe des pieds, m’effacer.
Mon dernier cadeau de vie, m’en aller. Te laisser. A ta peine, pour mieux revivre… Je n’ose penser : « aimer ». Trop tôt. Ne pas me faire souffrir inutilement. Je le vois bien, tu sais, à ton regard… Je te connais tellement ! Paraît que je t’ai dans la peau. Je confirme. Mais, cela tu le sais, je n’ai plus besoin de te le dire. Jusqu’à ce jour. Parce qu’aujourd’hui, c’est déjà demain. Une autre vie. Parce que je décide. Pour nous deux. Pour une fois.
C’est comme ça.
J’ai compris l’incroyable. Ton regard qui l’effleure. Que de la douceur. Alors aujourd’hui, ce sera cadeau. Lorsqu’il te prendra dans ses bras, bientôt, je serai loin. Lorsqu’il t’aimera, je serai oubli…
Oui, voilà, sans un mot, je m’en vais. Je te regarde pour la dernière fois. Que tu es belle ! Je m’en vais. Parce que plutôt que de nous déchirer, nous séparer, je préfère garder intact notre amour devenu si fragile. Je nous préserve en te libérant pour d’autres aventures, parce que, aujourd’hui, je sais que demain, encore et encore je t’aimerai. Tellement. Mais, j’oublie : je ne t’aime plus…
Pourtant, une dernière fois, une toute dernière fois, je m’autorise à dire, à penser, que je t’aime… Maintenant, je m’en vais. Sur la pointe des pieds, je te quitte, parce que… c’est comme ça…
