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Elle se tenait toute droite. Trop droite.La tête haute. Trop haute. C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour s’empêcher de pleurer. Garder la tête haute. Oui : "Garder la tête haute"! Cette phrase, elle se la répétait encore et encore. Sans vraiment pouvoir ni vouloir s’arrêter. Elle était d’accord de pleurer mais pas maintenant. Pas là. Pas toute de suite. Pas devant tout ces gens ! Elle se tenait seule dans cet aéroport trop blanc, trop gris. Elle n’avait pas envie de prendre le risque que des larmes couleraient le long de ses joues entraînant dans leur chemin le rimmel si délicatement appliqué. Presque cil par cil. Du moins, c’est ce qu’il lui plaisait à croire.Très terre à terre, elle n’avait aucune envie de s’entendre renifler - elle n’avait pas de mouchoir – et de ce fait, se faire remarquer. Elle voulait se faire petite, elle qui se trouvait toujours trop grande. Cette dernière pensée la fit sourire : elle se tenait droite, elle qui voulait disparaître du regard des autres… Eternelle contradiction… Elle se tenait toute droite. On ne pouvait ne pas la voir.Elle se tenait toute droite. Elle qui ne voulait qu’une chose : disparaître. Mieux, inexister. C’était le mot qu’elle avait trouvé pour se définir. Elle inexistait.Depuis hier, lorsqu’elle avait fermé la porte… Lorsqu’elle avait posé l’ultimatum. C’était à prendre ou à laisser. « ON » l’avait laissée. A cette pensée, elle ressentit l’urgence de maintenir la tête encore plus haute : « pas pleurer ». Les passagers faisaient la queue patiemment. Ils n’avaient pas vraiment le choix. Certains riaient. D’autres lisaient. Certains, les yeux dans le vague, vibraient sur le son d’une musique de seuls ils entendaient…Et elle, n’avait vraiment aucune envie de bouger, ni de rejoindre la longue file et encore moins entre prise entre deux regards. Oui, elle voulait ne pas être… Elle ne se décida que lorsqu’elle fut certaine d’être la dernière passagère à embarquer.Elle n’avait pas envie que son nom éclate dans les hauts parleurs de l’aéroport : elle avait sa fierté. Et pourtant, elle aurait aimé, d’une certaine façon, que son nom soit crié, hurlé, pour qu’IL l’entende. Elle lui avait bien dit, hier, après le souper, qu’il devait se décider. Qu’elle avait envie de vivre avec lui, qu’elle voulait plus qu’eux deux… Qu’il était temps après de si longues années passées ensemble de se décider… Cela lui faisait tellement mal, lui faisait tellement peur que n’importe quelle décision aurait fait l’affaire : elle n’en pouvait plus. Elle voulait être délivrée. De lui. Du partage. De tout ce qui n’était pas eux. Elle qui détestait attendre, avait été patiente. Trop patiente. Sur la pointe des pieds, elle était partie. Sans claquer la porte. En douceur. Lentement, attendant qu’il courre après elle. Et surtout, sans oublier de lui dire qu’elle serait encore chez elle jusqu’à 11h. Après… Il n’y aurait plus d’après… Elle avait refusé, difficilement, à une dernière étreinte. Elle aurait voulu emporter un dernier souvenir, un dernier parfum, une dernière sensation et se l’ancrer au plus profond de son être… Elle avait résisté. Après tout, c’était trop facile ! Elle voulait qu’il goûte une nuit sans elle. Elle espérait qu’il comprendrait : sa souffrance, son amour. Elle espérait qu’il comprendrait son amour envers elle, son besoin d’elle… Elle espérait. Sans pleurer. Droite comme un « I » Son taxi avait été à l’heure. Pour un peu, elle aurait désiré qu’il soit en retard. Personne n’avait sonné à sa porte. Pas un coup de fil. Pas le moindre texto. Pourtant, elle avait vérifier des maintes fois : elle avait bien du réseau ! Elle se souvenait avoir fait sa valise n’importe comment. Elle la remplissait toute simplement. Sa co-locataire lui enverrait le reste demain, la semaine prochaine, qu’importe, elle s’en fichait. Elle s’en allait. Fuyait. Pour la première fois de sa vie, elle lâchait prise… Ayant donné le choix de dire « choisi ». Pour elle. Pour lui. Pour eux. Aujourd’hui. Demain, toute serait fini.Dans cet aéroport, elle se tenait toujours aussi droite, les épaules en arrière. Tête haute. C’était difficile. Sa tête avait tendance à redescendre le regard parterre, pendant que les yeux en profitaient pour s’emplir de larmes. Elle relevait vite le menton, pour évacuer le trop plein. Une larme s’était permise de passer le barrage des longs cils. Elle l’enleva rageusement… Un bruit de klaxon la tira de ses tristes pensées : elle dû s’y prendre à deux fois pour comprendre la scène qui se déroulait devant elle : une voiturette électrique bleue conduite par un homme d’un certain âge plutôt blasé et surtout, oh surtout… Lui… qui faisait des grands gestes, au point de risquer de tomber. Elle ne l’avait jamais vu ainsi : presque ridicule si elle ne l’aimait pas tant… Il venait vers elle… Il l’aimait. S’étant enfin décidé devant le fait accompli… Comme elle l’aimait ! Un court instant pourtant, elle hésita : d’un côté, l’avion, une nouvelle vie, de l’autre, lui, son amour. Un court instant, elle douta. D’elle. De lui. D’eux. D’un ailleurs. D’un vide. De tout. Et puis, soudain, tout fut limpide : elle fit un premier pas. Somme toute, le plus difficile venait d’être fait. Elle se tenait droite. Elle se sentait bien. Elle se faisait confiance.Alors, elle s’avança encore un peu plus : oui, aujourd’hui, elle le sentait : elle démarrait une nouvelle vie… 
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